Sarkozy/Yves Bertrand : les lignes du courroux
présidentiel
Jean-Michel Décugis, Christophe Labbé
« Sarkozy fait construire une villa à côté de Sartrouville, fait venir des entreprises de Neuilly. Tout au black. »
Dans la tête d’Yves Bertrand, il fait peu de doute que le tuyau est percé. Mais le patron des Renseignements généraux prend tout de même le soin de le consigner dans son carnet, le 25 octobre
2002. L’information semble extraite d’une note blanche. Ces papiers sans en-tête ni signature, sur lesquels les RG couchent des informations sensibles, vraies ou fausses. Ironie du sort, trois
semaines avant, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, a signé un décret supprimant les blancs des RG. Ce qui a provoqué l’ire du ministre, c’est la lecture d’un blanc scabreux sur un
candidat présenté par le ministre des Sports pour prendre la tête de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie. Dès qu’il arrive pour la première fois Place
Beauvau, en mai 2002, Nicolas Sarkozy demande la tête d’Yves Bertrand. Ce que le président de la République, Jacques Chirac, lui refuse tout net. Sarkozy soupçonne le patron des Renseignements
généraux de rouler pour le Château, en clair pour l’Elysée. Il est vrai que l’occupant de la place Beauvau garde un mauvais souvenir d’Yves Bertrand. A l’époque des règlements de comptes entre
Jacques Chirac et Edouard Balladur, en 1995, Sarkozy était ministre du Budget et a fait l’objet par la section financière des RG d’une enquête sur son patrimoine. C’est ce que confirment deux
notes blanches que Le Point a en sa possession. En 2002, le travail de sape piloté de l’Elysée aurait repris de plus belle. Interrogé, Yves Bertrand jure : « J’ai toujours été loyal
avec mon ministre. » Pourtant, dans les carnets saisis, on lit à la fin mai 2002, à propos de Nicolas Sarkozy, que Bertrand désigne par « Sarko » ou sous l’abréviation « N.S » : « Sarko
: un mec le tient. Tassez [Jean-Noël Tassez, l’un des prévenus de l’Angolagate, NDLR]. » Dès lors, le nom de l’ex-patron de Radio Monte-Carlo va revenir plusieurs fois sous la plume
d’Yves Bertrand, comme ce mois de juin 2002 : « Tassez a reçu du fric de Falcone pour Sarko, de Jean-Christophe et de chefs d’Etat africains. » Le 2 juillet 2003, il est encore question
de gros sous. Le patron des RG : « Sarko 150 000 francs en liquide dans son cabinet . » Autant d’accusations gratuites. La vie privée du ministre de l’Intérieur de l’époque, futur
président de la République, et de son entourage n’est pas non plus épargnée. Bertrand s’intéresse au frère aîné du ministre, Guillaume, alors vice-président du Medef, qui ferait l’objet d’un
« chantage ». Trois mois plus tard, le directeur des RG indique à propos de Nicolas Sarkozy qu’il « couche » avec la femme d’un député, lequel est aujourd’hui ministre... Lundi
27 janvier 2003, YB remplit deux pages sur le mariage de Nicolas Sarkozy avec sa première femme et leur séparation. Des renseignements qui semblent tirés d’une note blanche. Y figure le détail
d’une conversation téléphonique entre l’épouse et la meilleure amie de celle-ci, où il est question d’adultère. Tout porte à croire qu’il s’agit de la retranscription d’une ancienne écoute
téléphonique. Les deux amies parlent entre autres de Cécilia. Plus loin, Bertrand rapporte des informations sur la future épouse de Sarkozy, « une fêtarde », sur le fait que ses parents
avaient « un immeuble rue Marbeuf à Paris face au restaurant Chez Edgar », et sur les conditions de sa séparation d’avec Jacques Martin. Enfin, on y apprend que « N.S. » a acheté pour sa
première femme un appartement au château de Madrid à Neuilly.
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Du 12/07/2007 au 30/04/2009
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